1950 - 1954

À la fin de l'été 1950, Joseph et Annie, accompagnés de Will, partent pour le sud de la France, les enfants restant en Belgique. Au gré de leurs étapes, ils finissent par tomber sous le charme de la petite ville de Cassis dans le département des Bouches-du-Rhône. Dans un premier temps, ils vont loger quelques semaines au Bestouan, une villa au bord de la plage du même nom, appartenant à la famille de Bressy. Finalement, ils trouvent résidence dans la villa "le Petit Moulin" sur les hauteurs de Cassis, non loin de la calanque de Port Miou. Les enfants les rejoindront rapidement, pour y passer leur année scolaire.

Joseph, encore tout imprégné de son voyage au Mexique, reprend la série Blondin et Cirage, qu’il a prêtée à Hubinon. La première histoire se passe précisément au pays des cactus et des mariachis. Il y introduit une fille débrouillarde, Conchita, qui se fera immédiatement adopter par le duo bicolore. Cette histoire sera publiée dans Spirou de janvier à juin 1951 et sera immédiatement suivie par "Le Nègre Blanc", où le duo fera connaissance de Pwa-Kasé héritier du roi Trombo-Nakoulis, souverain d'un pays d'Afrique noire. À la fin de son séjour à Cassis, Joseph dessine encore une courte histoire de Spirou et Fantasio qui se déroule justement dans les calanques. Cet intérim de Franquin sera publié dans Spirou en juin et juillet 1951. Cet été-là, les Gillain et Will remontent en Belgique, sont logés dans la famille à Dinant et dans la région de Charleroi. Will s'installe à Bruxelles, où il se mariera quelques mois plus tard.

Joseph Gillain souhaitant résider dans un endroit où le climat est doux, décide en septembre 1951 de redescendre sur la Côte d'Azur. Cette fois-ci, les Gillain s'installent dans la Villa Saramartel à Juan-les-Pins. Ils y resteront durant trois années scolaires; durant l’été, ils sont contraints de libérer la villa, louée au prix fort à des vacanciers par la propriétaire. Joseph va beaucoup peindre dans cette région inondée de soleil et de saveurs provençales. À l'automne 1951, il entame des illustrations au lavis pour le "Comte de Monte Cristo" d'Alexandre Dumas (1802-1870).

Ce roman sera publié dans le Moustique de novembre 1951 à septembre 1952. Il poursuit également les aventures de Blondin et Cirage, retravaillant une histoire inachevée de Trinet et Trinette ("Du sang sur la neige", parue en mai 1941 dans Spirou) interrompue pour cause de pénurie de papier durant l'occupation. Cette nouvelle aventure est intitulée "Kamiliola" et paraîtra dans Spirou de février à juillet 1952. Il enchaîne avec une histoire sentimentale "El Senserenico", qui sera publiée dans une autre publication des éditions Dupuis Les Bonnes Soirées, d'octobre 1952 à février 1953. Après une pause de quelques mois, Jijé reprend la série Blondin et Cirage en parodiant la compagnie MGM et la série des films Tarzan (1932-1942) avec l'acteur Johnny Weismuller. La "major" hollywoodienne s'appelle ici "Betro Moldwyn Bayer", son producteur Bob Rustler (littéralement le voleur de bétail - ou de chevaux) et le manager de Tarzan, Archibald Goldfish (littéralement le poisson doré).

Nous sommes fin 1953. Jijé s'attaque au western réaliste avec la série Jerry Spring dont les premières histoires ne portent pas de titre en prépublication dans l'hebdomadaire Spirou. En album, cela donnera "Golden Creek, le secret de la mine abandonnée" publiée de mars à juin 1954, "Yucca Ranch" de juillet à novembre 1954, "Lune d'Argent" de février à juin 1955 et "Trafic d'Armes" de juillet à novembre 1955. Parallèlement à la création de la première histoire de Jerry Spring, Joseph Gillain va illustrer le roman d'un missionnaire belge au Canada (Elle vit! de Joseph Pirot, 1949) qui était ami d'Eugène Gillain, père du dessinateur. Il y raconte l'histoire d'une famille hongroise émigrée dans l’ouest du Canada, dont le personnage principal, Jean Choumak, représente tout à la fois le bien et le mal, l'honnêteté et l'alcoolisme, avant que l'histoire se termine par un moral happy-end.

Ce récit sera publié dans le Moustique de février à novembre 1954. Toujours la même année 1954, Jijé dessine sa dernière histoire de Blondin et Cirage, " Blondin et Cirage et les Soucoupes Volantes", qui sera publiée dans Spirou de décembre 1954 à mars 1955. Cette histoire met en vedette un cousin du Marsupilami, qui va vivre des péripéties au Tibet, quelques années avant qu'un illustre reporter n'y mette les pieds.

1954 – 1958

Au début de l’été 1954, les Gillain libèrent la maison de Juan-les-Pins et rentrent en Belgique. Les enfants vont rester dans la famille tandis que Joseph, Annie et leur fils aîné Benoît vont se mettre à la recherche d'une maison dans la région parisienne. Le trio reste quelques semaines dans un camping à Viry-Châtillon durant les recherches. Leur choix se portera sur une ancienne orangerie sise à Champrosay, un hameau de la ville de Draveil dans le département de l'Essone.

Une fois la transaction réalisée, Joseph installe une caravane sur la propriété et se met à l'ouvrage pour restaurer la maison. Ces travaux dureront plusieurs mois durant lesquels les trois autres enfants suivront leur scolarité en pensionnat à l'étranger. Jijé continue à dessiner les histoires de Jerry Spring ("La passe des Indiens") et commet quelques récits plus courts qui paraîtront dans "La piste du Grand Nord" et "Le ranch de la Malchance". Il récupère aussi la série Jean Valhardi qu'il avait laissée à Eddy Paape en 1946. À cette occasion, il crée le personnage de Gégène, photographe débutant, qu’il adjoint à son héros. Cette première aventure "Valhardi contre le Soleil Noir" verra nos héros affronter une organisation secrète asiatique située sur une île déserte de l'océan Pacifique. L'histoire paraîtra dans Spirou d'octobre 1956 à mars 1957. Ce retour de Valhardi étant concluant, Gillain accepte un scénario de Jean-Michel Charlier pour "Le gang du Diamant" (Spirou de mars à septembre 1957); il retrouvera le même scénariste neuf ans plus tard pour les aventures de Tanguy et Laverdure.

En 1956, Max Mayeu (alias Sirius, 1911-1997), créateur de L'Épervier Bleu, Bouldaldar et la série Timour, descend en voiture vers le sud-est de l'Espagne, accompagné de son épouse et de leur fille. Ils s'arrêtent, par hasard, à Javea au sud de Valence et sont subjugués par la beauté de l'endroit. Ils décident rapidement d'y acheter une maison (Santa Lucia); ils y inviteront fréquemment la famille Gillain, ainsi que bon nombre des auteurs de l'École de Marcinelle. Trois ans plus tard, Max Mayeu fera acquisition de la maison du Tosal, ancienne bâtisse du XVIIe siècle, plantée au milieu de citronniers et avec une vue superbe sur le Montgo, le point culminant de la région. Au fil des ans, plusieurs dessinateurs transiteront par cette demeure de charme du nord de la Costa Blanca. La famille Mayeu y habitera six mois par an (de novembre à avril), les Gillain s'y rendant au moins une fois par an. C'est dans ce climat propice à la culture fruitière (citrons et oranges) et dans le charme encore sauvage de la région que Joseph Gillain peindra de nombreuses toiles.

Jijé, le dessinateur, va mener de pair deux séries, les histoires de Jerry Spring, avec "Les trois barbus de Sonoyta" (Spirou septembre 1957 à janvier 1958) et la série Jean Valhardi, dont les synopsis sont fournis par Philip (son fils Philippe). "L'affaire Barnes" (Spirou septembre 1957 à février 1958) aura pour cadre le Mexique qu'il a connu huit ans plus tôt. Une partie de l'intrigue se déroule d'ailleurs dans Cuernavaca où ils ont résidé. Une fois cette intrigue résolue, Valhardi et Gégène se trouvent confrontés à une affaire d'espionnage, "Le Mauvais Œil" (Spirou avril à août 1958), où le chef de bande, Baru, n'est autre que l'ami de Jijé, Guy Bara (Guy Willems, né en 1923), le dessinateur de Max l'explorateur.

En même temps que cette histoire oculaire, Jijé entreprend de dessiner la vie de Bernadette Soubirous à la demande de l'hebdomadaire Line, édité par Raymond Leblanc (Le Lombard). L'histoire sera prépubliée en 19 planches (de mai à octobre 1958), à la fin desquelles l'éditeur décide que l'histoire est terminée. Jijé ayant dessiné 30 planches en tout, cette histoire ne sera publiée en album qu'en 1979, à l'initiative d'un ami de Jijé, Benoît Patar (ardennais vivant au Québec).