| Exposition HERMANN goes WESTERN du 8 janvier au 6 juin 2010
Le 16 décembre 1969 paraît dans les pages du journal Tintin un cowboy sans cheval. Rouquin, il porte à la ceinture une artillerie de professionnel et sait dompter le premier mustang venu. Il impressionne par sa force tranquille
le vieux routard semble avoir du chemin derrière lui. Nul ne sait qui il est, nul ne sait d'où il vient, ce qu'il a fait, ce qu'il n'a pas fait. Mais il est là et désormais c'est tout ce qui compte pour la patronne du ranch Triple Six, la surnommée Comanche. Alors que les escrocs et bandits de tous poils et de toutes plumes rôdent autour d'elle, un sauveur lui vient, l'auréole un peu rouillée mais bien accrochée, tout de même. Avec lui, c'est aussi l'Aventure de la conquête de l'Ouest et des personnages hauts en couleur qui vont envahir son petit monde. Cet homme qui va tout bouleverser, c'est Red Dust.
Il fallait le faire. Après le Jerry Spring de Jijé et le Blueberry de Giraud, la bande dessinée franco-belge avait déjà ses héros de western, et pas n'importe lesquels. Mais comme eux, l'Ouest coulait dans les veines d'Hermann Huppen, pourtant natif de l'Est germanophone de la Belgique !
Né en 1938 dans la campagne ardennaise, Hermann grandit en rural attaché à la nature et aux valeurs de la terre. C'est pourquoi l'exil à Bruxelles, à l'âge de 12 ans, est pour lui un pas difficile à franchir. Diplômé en ébénisterie puis en dessin d'architecture, il travaille ensuite comme décorateur, mais pense déjà à la bande dessinée. Sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme va accélérer les choses, puisque son nouveau beau-frère n'est autre que Philippe Vandooren, futur rédacteur en chef du journal Spirou. Epaté par les croquis d'Hermann, il lui met le pied à l'étrier dans Plein Feu, le journal des Scouts de France. Ses premiers essais tombent un jour sous les yeux d'un certain Greg qui décide de le prendre sous son aile. C'est le début d'une longue et fructueuse collaboration, Greg à la plume, Hermann au pinceau.
En 1969, Greg est directeur éditorial de Tintin depuis trois ans. Et, à l'époque de Chick Bill, le western réaliste n'y était pas monnaie courante. « L'envie de faire du western nous démangeait l'un et l'autre » confiait Greg. S'éloignant le plus possible de Jerry Spring et de Blueberry, ils se lancent !
La série, inspirée d'évènements historiques, se concentre sur un petit groupe de cowboys qui participent à la construction d'un monde en développement, et la subissent parfois. Tout y est : des attaques d'indiens aux villes assiégées par les desperados, en passant par des familles de paysans brimées et des mercenaires repentis
ou pas. Le héros est un loup solitaire qui a pourtant su bien s'entourer : la brunette au caractère bien trempé, le petit vieux fidèle et amusant, l'indien fier et loyal, le petit jeune téméraire mais irréfléchi et le cowboy noir, posé et travailleur
la galerie, bien-pensante, est complète ! Le décor ? Un ranch grouillant de cowboys, de vaches et de mustangs, une petite ville avec saloon et sheriff, une réserve indienne qui bouillonne dangereusement et des bandits plus méchants les uns que les autres. L'originalité ? Les femmes qui, un fusil à la main, ne restent plus les bras croisés, et une dureté rarement vue auparavant en BD, qui a d'ailleurs valu à Hermann quelques reproches de part et d'autre. Les auteurs ne sont pas tendres avec leurs personnages, et Hermann sait rendre ce ton dans un dessin dynamique et très nerveux. Comme dans Blueberry, finis les héros sans peur et sans reproches, et Red Dust paraît surpasser Mike Blueberry dans ce domaine. Le bonhomme a la vie dure, il montre des failles. Il évolue dans un monde impitoyable, se bat contre des hommes laids à tous niveaux, sous des pluies battantes, dans la sueur et dans la boue. Le Far West d'Hermann est tendu, violent. Mais il se doit aussi de rester dans les limites du très politiquement correct journal Tintin !
Hermann et Greg ont relevé le pari : leur western a trouvé sa place. Mieux, il a exacerbé le réalisme du genre, apprécié par un lectorat devenu plus adulte.
Très pris par sa nouvelle série Jeremiah qu'il entreprend en solo, Hermann met fin aux aventures du ranch 666 en 1983, au dixième titre. Comanche connaîtra un sursaut en 1998 avec un hors-série rassemblant des histoires courtes. L'année suivante, Hermann scénarise et dessine un western : On a tué Wild Bill conte les péripéties d'un jeune garçon livré à lui-même dans l'Ouest sauvage, et animé par une vengeance qui guidera ses pas jusqu'à son accomplissement. Des nerfs à vif, une tension à fleur de peau, une brutalité percée de bons sentiments, un trait expressif, du pur et dur, le tout en couleurs directes, bref une patte désormais bien reconnaissable
signée Hermann.
Nous vous invitons à une exposition de couvertures, planches et illustrations issues de la série Comanche et du one-shot On a tué Wild Bill, soit plus de quatre-vingt pièces originales. S'installent ainsi entre nos murs, le temps d'un solstice, pêle-mêle, du papier, de la sueur, de l'encre, de l'aquarelle, des chevaux, des colts, du goudron et des plumes, des chansons, des révoltes, de la peur, du courage, de l'honneur, de l'amour
Et c'est la Maison qui régale !
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